Les principaux cartels au Mexique : Un aperçu

Le but de cette page est de comprendre l’ensemble des aspects cruciaux de ces organisations, leurs particularités et l'impact qu'ils exercent. L'ascension des cartels mexicains est une menace globale, et comprendre leur fonctionnement est essentiel.

Le cartel de Sinaloa : un empire criminel mondial 

Le cartel de Sinaloa voit le jour au début des années 1960, fondé par deux frères espagnols, les Pérez, installés dans la province mexicaine de Sinaloa. Cette région est stratégique : elle est reliée à la Californie et à l’Arizona par une ancienne ligne ferroviaire du XIXe siècle et bénéficie d’un climat favorable à la culture du pavot, plante à l’origine de l’opium. Ces atouts font du Sinaloa un point stratégique pour le trafic de stupéfiants vers les États-Unis.

Durant les années 1960 et 1970, l’organisation prospère grâce à la demande croissante de drogues sur le marché américain. Mais en 1978 un des frères fondateurs est abattu par la police. Cette perte n’arrête pas l’expansion du réseau : elle ouvre la voie à une nouvelle génération de narcotrafiquants, plus structurée et ambitieuse. Parmi eux, Miguel Ángel Félix Gallardo, surnommé “El Padrino”, joue un rôle central. Ancien policier, il devient le « véritable architecte » du narcotrafic moderne au Mexique. Dans les années 1980, Gallardo est à l’origine de l’alliance historique avec les cartels colombiens, permettant l’acheminement massif de cocaïne vers les États-Unis via le Mexique. Cette stratégie marque le début de l’internationalisation du narcotrafic.

Après l’arrestation de Félix Gallardo en 1989, le cartel se fragmente. C’est dans ce contexte que Joaquín “El Chapo” Guzmán émerge comme figure dominante. Sous sa direction, le cartel de Sinaloa devient une organisation plus innovante dans ses méthodes : construction de tunnels sophistiqués sous la frontière, corruption systémique, et diversification vers la production de méthamphétamines et, plus récemment, de fentanyl. Aujourd’hui, malgré l’arrestation d’El Chapo en 2016, le cartel reste l’un des plus puissants au monde, dirigé par Ismael “El Mayo” Zambada et les fils d’El Chapo, surnommés “Los Chapitos”. Aujourd’hui, il est le principal producteur et trafiquant de fentanyl vers les États-Unis, mais aussi de cocaïne, méthamphétamines, héroïne et marijuana. 

La puissance du cartel aujourd’hui repose sur une structure décentralisée, composée de dizaines de milliers de membres répartis dans des cellules autonomes. Selon la DEA, le cartel opère dans au moins 40 pays et cherche à étendre ses activités vers des marchés beaucoup plus lucratifs comme l’Europe, l’Asie et l’Australie. Cette internationalisation s’accompagne d’une diversification des activités : blanchiment d’argent, trafic d’armes, traite humaine, prostitution et extorsion. Le cartel est lourdement armé, utilisant des armes de qualité militaire et des tactiques paramilitaires pour imposer sa domination.

La violence est au cœur de la stratégie du cartel. Les « Culiacanazos » d’octobre 2019 et janvier 2023 en sont des exemples frappants : pour obtenir la libération d’un chef capturé, le cartel a déclenché des vagues de terreur à Culiacán (dans l’État du Sinaloa), bloquant des routes, incendiant des véhicules, attaquant les forces de sécurité et tirant sur un avion civil à l’aéroport. Ces événements ont paralysé la ville et démontré la capacité du cartel à défier l’État mexicain. Par ailleurs, le cartel exploite les réseaux sociaux et les messageries cryptées pour vendre ses produits, recruter des passeurs et coordonner ses opérations, ce qui lui confère une agilité technologique redoutable. Le cartel de Sinaloa n’est pas seulement un acteur criminel : il est une menace globale pour la sécurité publique et nationale, en raison de son rôle dans la crise des opioïdes et de sa capacité à générer violence et corruption à grande échelle.

Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG) : une puissance criminelle émergente

Le Cartel de Jalisco Nueva Generación (CJNG) est aujourd’hui considéré comme l’une des organisations criminelles les plus puissantes, influentes et violentes du Mexique. Il est également un fournisseur majeur de fentanyl aux États-Unis, ce qui en fait une menace directe pour la santé publique et la sécurité nationale américaine. Le CJNG est né vers 2011, issu des restes du Cartel Milenio, affilié au Cartel de Sinaloa. Cette scission a été orchestrée par des membres liés par des liens familiaux ou matrimoniaux à l’organisation de blanchiment d’argent Los Cuinis, qui constitue encore aujourd’hui le bras financier du CJNG.

Sous la direction de Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », le CJNG a connu une expansion fulgurante ces dernières années. Il contrôle désormais des laboratoires clandestins au Mexique pour la production de drogues synthétiques comme le fentanyl et les méthamphétamines et il est l’un des principaux fournisseurs de cocaïne pour le marché américain. Ses profits se chiffrent en milliards de dollars, et son influence dépasse largement les frontières mexicaines : le cartel est présent dans plus de 40 pays, selon la DEA, et ses réseaux s’étendent à presque tous les États américains.

Le CJNG se distingue par une structure en franchise contrairement au Cartel de Sinaloa ce qui lui permet de déléguer le contrôle territorial à des cellules locales tout en maintenant une coordination centralisée. Cette organisation repose sur la corruption systémique, l’accès à des ressources financières colossales et une violence extrême. Le cartel n’hésite pas à affronter directement l’armée et la police mexicaine en utilisant des armes lourdes et des tactiques paramilitaires. Il est responsable de massacres, d’assassinats ciblés et d’attaques contre des convois militaires, ce qui lui vaut d’être considéré comme l’un des groupes les plus dangereux du monde aujourd’hui.

Outre le narcotrafic, le CJNG diversifie ses activités pour sécuriser ses revenus et protéger ses actifs contre les saisies : vol de carburant (« el Huachicol ») en le revendant à des prix plus bas que les grands groupes pétroliers mexicains; l’extorsion qui se traduit généralement par le « cobro de plazas », c’est-à-dire un « loyer » que doivent payer les commerçants qui se trouvent dans des communes sous le contrôle du CJNG en échange de « protection »; le trafic d’êtres humains, et même des fraudes immobilières comme les arnaques aux multipropriétés. Son bras financier, Los Cuinis, gère un réseau sophistiqué de blanchiment d’argent, utilisant des méthodes variées : et repose principalement sur les réseaux chinois de blanchiment, les cryptomonnaies et la contrebande d’argent liquide. Le CJNG est aujourd’hui considéré par la DEA comme l’une des menaces les plus sérieuses pour la sécurité des États-Unis, en raison de son rôle central dans la crise des opioïdes et de sa capacité à infiltrer les institutions par la corruption et la violence.

Le Cartel du Golfe : un ancien empire fragmenté

Le Cartel du Golfe est considéré par InSight Crime comme l’un des plus anciens groupes criminels du Mexique. Actif depuis les années 1930, il a d’abord prospéré grâce à la contrebande d’alcool avant de se tourner vers le narcotrafic dans les années 1970-1980. Pendant des décennies, il a dominé le nord-est du Mexique, notamment l’État de Tamaulipas, en contrôlant les routes stratégiques vers les États-Unis. Cependant, son pouvoir s’est considérablement affaibli ces dernières années en raison de luttes internes et de la montée en puissance de rivaux comme Los Zetas, son ancien bras armé. 1984 marque l’apogée du Cartel du Golfe, lorsque Juan García Abrego prend le contrôle d’une petite entreprise familiale de trafic de marijuana et d’héroïne. Il conclut un accord stratégique avec le Cartel de Cali en Colombie pour acheminer la cocaïne vers les États-Unis via la frontière mexicaine. Ce partenariat permet au cartel du Golfe de devenir un acteur majeur du narcotrafic, en faisant des milliards de dollars chaque année. À la fin des années 1990, il rivalise avec les cartels colombiens en termes de sophistication et de corruption, achetant des fonctionnaires, des ministres et même des membres du gouvernement mexicain

Selon le Council on Foreign Relations (CFR) et le National Drug Threat Assessment (NDTA), le cartel du Golfe n’est plus une organisation unifiée en 2025. Il s’est fragmenté en plusieurs factions rivales, ce qui rend difficile l’identification d’un leadership central. Les principales factions sont Los Metros et Los Escorpiones (Scorpions), qui se disputent le contrôle des routes commerciales et des zones stratégiques, notamment le port d’Altamira. Les Metros auraient même conclu une alliance avec le CJNG, devenant son « organe de coercition » pour garantir le flux de drogues vers les États-Unis.

Outre ces deux factions dominantes, d’autres groupes comme Los Ciclones (Cyclones), Los Rojos et Las Panteras (Panthères) sont également actifs. InSight Crime rapporte que les Scorpions et les Cyclones ont formé une alliance pour repousser les offensives des factions rivales et des Zetas. Cette dynamique illustre la complexité actuelle du cartel du Golfe : une mosaïque de groupes qui collaborent et s’affrontent simultanément pour le contrôle des marchés illégaux, en particulier dans le Tamaulipas et le long de la frontière nord.

Los Zetas : un résultat de la fragmentation des cartels 

Les Zetas sont nés en 1997, lorsque 31 membres des forces spéciales de l’armée mexicaine (GAFES) ont déserté pour travailler comme assassins, gardes du corps et transporteurs de drogue pour le cartel du Golfe dirigé par Osiel Cárdenas Guillén. Leur premier chef, Arturo Guzmán Decenas, alias « Z1 », est tué en 2002. Après l’arrestation et l’extradition de Cárdenas, les Zetas saisissent l’opportunité de s’émanciper. Sous la direction d’Heriberto Lazcano, alias « El Lazca » ou « Z3 », environ 300 membres créent leur propre réseau criminel indépendant.

Grâce à leur formation militaire et leur sophistication logistique, les Zetas deviennent rapidement l’un des groupes les plus puissants et redoutés du Mexique. Ils se distinguent par l’usage d’armes modernes, de technologies de communication avancées et par une discipline quasi militaire dans la planification des opérations. Contrairement à d’autres cartels qui privilégient la corruption et les alliances, les Zetas imposent leur domination par la terreur : tortures, corps pendus aux ponts et massacres. L’un des épisodes les plus marquants est le massacre de 72 migrants en août 2010 au Tamaulipas. Leur stratégie consiste à prendre le contrôle militaire des territoires pour exploiter toutes les activités criminelles locales, ce qui déclenche une course à l’armement et une escalade de violence sans précédent au Mexique.

À leur apogée, vers 2010, les Zetas sont présents dans des centaines de municipalités mexicaines et s’étendent jusqu’au Guatemala, contrôlant des zones stratégiques pour le trafic de drogue. Ils affrontent le cartel du Golfe pour le contrôle du Tamaulipas et s’opposent à des géants comme le cartel de Sinaloa. Leur réseau s’étend à l’international, avec des connexions en Amérique centrale, Colombie, Venezuela, Europe, États-Unis et Afrique de l’Ouest. Ils infiltrent également des gouvernements locaux, notamment au Tamaulipas et au Veracruz au Mexique.

Cependant, à partir de 2012, l’organisation commence à se fragmenter. La mort de Lazcano en octobre 2012, suivie de l’arrestation de Miguel Treviño (« Z40 ») en 2013 et de son frère Alejandro (« Z42 ») en 2015, accélère la désintégration. Les tensions internes, notamment entre les frères Treviño, donnent naissance à des factions rivales : le Cartel del Noreste (Le Cartel du Nord Est) et les Zetas Vieja Escuela (Les Zetas Vieille École). D’autres groupes comme les « Talibanes » émergent, chacun contrôlant des zones spécifiques et menant ses propres activités.

Aujourd’hui, les Zetas ne sont plus une organisation unifiée. Ils sont réduits à des cellules locales autonomes, dépendantes des revenus criminels locaux plutôt que du trafic international. Parmi les factions les plus puissantes figure le Cartel del Noreste, basé à Nuevo Laredo à la frontière avec les États-Unis, qui conserve une forte présence régionale. Son chef le plus connu, Juan Gerardo Treviño-Chávez (« El Huevo »), a été arrêté en 2022, provoquant une vague de violence. Malgré cette capture, le groupe maintient son contrôle sur certaines zones, comme en témoignent les graffitis marquant son emprise territoriale. Les Zetas, autrefois symbole de puissance et de terreur, sont aujourd’hui éclatés en groupes régionaux, mais leur héritage de violence continue de peser sur la guerre des cartels au Mexique.

La Familia Mexicana :  entre idéologie pseudo-religieuse et violence extrême 

La Familia Michoacana est apparue au début des années 2000 dans l’État de Michoacán, une région historiquement marquée par la culture du pavot et du cannabis. Issue d’une scission du groupe El Milenio, la Familia s’est initialement présentée comme une organisation « vigilante », prétendant défendre la population contre les Zetas et les trafiquants de méthamphétamines. Rapidement, elle s’est imposée comme l’un des cartels les plus violents et influents du Mexique, mêlant criminalité organisée et idéologie pseudo-religieuse. À son apogée, elle agissait presque comme un État parallèle : elle réglait des conflits locaux, offrait des emplois et utilisait un discours évangélique pour recruter des centaines de membres. La Familia Michoacana est l’un des seuls cartels mexicains à avoir utiliser la religion comme un outil de recrutement pour les nouveaux membres. 

La Familia Michoacana s’est distinguée par des actes de violence spectaculaires, comme le massacre de 2006 où cinq têtes humaines ont été déposées sur une piste de danse pour annoncer son existence. Elle a également développé des réseaux internationaux pour la distribution de méthamphétamines, en lien avec des acteurs en Europe (Pays-Bas, Bulgarie), en Asie (Inde, Chine) et aux États-Unis, où elle collaborait avec des groupes criminels dans des villes comme Chicago, Dallas et Los Angeles. Sa proximité avec le port stratégique de Lázaro Cárdenas lui a permis d’importer des précurseurs chimiques d’Asie et de recevoir des cargaisons de cocaïne en provenance de Colombie, ce qui a renforcé son rôle dans le narcotrafic mondial.

Sous la direction de Nazario Moreno González, alias « El Chayo », la Familia a cultivé une image messianique, mêlant religion et violence. Moreno, surnommé « El Más Loco », a été faussement déclaré mort en 2010 avant d’être réellement tué en 2014. Sa disparition a provoqué une scission interne : José de Jesús Méndez, alias « El Chango », a tenté de maintenir la Familia, tandis que Servando Gómez, alias « La Tuta », a fondé les Caballeros Templarios (Chevaliers du Temple), un groupe qui a supplanté la Familia et repris ses réseaux. À son apogée, la Familia contrôlait jusqu’à 85 % des entreprises légales de Michoacán par des systèmes d’extorsion, générant des revenus colossaux en plus du trafic de drogue.

Aujourd’hui, la Familia Michoacana n’existe plus comme une organisation unifiée. Elle est fragmentée en cellules locales, actives principalement dans le Guerrero et l’État de Mexico. Une faction connue sous le nom de Nueva Familia Michoacana continue de se livrer au trafic de drogue, au kidnapping et à l’extorsion, notamment en ciblant les producteurs d’avocats, une ressource devenue stratégique dans la région. Bien que son influence ait fortement diminué, la Familia reste un acteur criminel important dans le sud du Mexique, illustrant la résilience des cartels face aux opérations de démantèlement.