La définition d’une organisation terroriste
Le site du mémorial du terrorisme définit les organisations terroristes comme « un groupe structuré, organisé en réseau ou en cellule, qui utilise ou menace d’utiliser une violence extrême, intentionnelle et disproportionnée dans le but d’intimider une population, de déstabiliser un système politique ou social, ou de contraindre un gouvernement à agir contre sa volonté ». De plus, ces groupes peuvent avoir des intérêts politiques, idéologiques ou religieux, rejettent les lois nationales et internationales. De manière générale ces groupes agissent de manière clandestine, ont leurs propres moyens de financement et leur propre logistique permettant leur fonctionnement. Ces groupes se caractérisent aussi par un usage asymétrique de la violence, ciblant parfois des civils afin d’atteindre leurs objectifs.

La diplomatie américaine et les cartels
Récemment le gouvernement américain a franchi une étape et a désigné officiellement plusieurs organisations criminelles latino-américaines comme « organisations terroristes étrangères ». Parmi elles figurent des groupes mexicains tels que le Cartel de Sinaloa, le Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), le Cartel du Golfe, le Cartel du Noreste, la Familia Michoacana et les Carteles Unidos, ainsi que la méga-bande vénézuélienne Tren de Aragua et le gang salvadorien MS13. Cette décision découle d’un décret signé par Donald Trump dès son arrivée à la Maison-Blanche, affirmant que « les cartels ont engagé une campagne de violence et de terreur à travers l’hémisphère occidental qui a non seulement déstabilisé des pays d’importance stratégique pour nos intérêts nationaux, mais aussi inondé les États-Unis de drogues mortelles, de criminels violents et de gangs vicieux ».
Cette mesure, bien que symboliquement forte, soulève des implications géopolitiques majeures. Elle risque d’accentuer les tensions entre Washington et Mexico, déjà fragilisées par les menaces de sanctions commerciales et les accusations selon lesquelles « le gouvernement mexicain est contrôlé par des intérêts criminels ». Des experts, comme Stephanie Brewer (WOLA), mettent en garde contre une approche qui « ne reflète pas la nature réelle de ces réseaux », soulignant que « les groupes criminels mexicains sont très puissants et causent des niveaux horribles de violence et de souffrance, mais ils ne poursuivent pas les objectifs politiques typiques d’une organisation terroriste ». De plus, cette désignation pourrait entraîner des conséquences imprévues, notamment des poursuites pénales ou des sanctions migratoires contre des individus ou entreprises « involontairement impliqués » dans des transactions avec ces groupes.
Sur le plan stratégique, cette classification repose sur une vision simplifiée de cartels perçus comme des entités monolithiques, alors qu’ils sont en réalité des structures complexes, fragmentées et intégrées dans des chaînes d’approvisionnement transnationales. Comme le souligne Cecilia Farfán-Méndez, « la désignation donne l’impression que la menace vient exclusivement de l’extérieur, ce qui est incompatible avec la réalité des opérations criminelles ». En d’autres termes, cette décision illustre la difficulté de concilier une approche sécuritaire avec la nature hybride des cartels, dont la violence vise avant tout à protéger des intérêts économiques, et non à imposer une idéologie.

Similarités entre les cartels et les organisations terroristes
Les cartels mexicains partagent plusieurs traits avec les organisations terroristes. Certains pays les reconnaissent comme tels, c’est le cas des États-Unis. Les cartels font un usage extrême de la violence et de la terreur pour atteindre leurs objectifs comme les décapitations qui peuvent être filmées et publiés sur des groupes Telegram, ce qui ressemble au modus operandi des groupes terroristes comme Daesh ou Al-Qaida. Les cartels défient de manière constante l’autorité publique et cherchent à imposer leur propre ordre parfois en contrôlant des territoires entiers ou des communes, c’est le cas de la communauté de Parres situé à 20 minutes de la capitale du Mexique. Les cartels les plus puissants comme le Cartel de Sinaloa ou le Cartel Jalisco Nuevo Generación (CJNG), possèdent des structures hiérarchiques comme les entreprises transnationales; avec un chef, des chargés de communication et recrutement (souvent présent sur les réseaux sociaux comme Tik Tok, Telegram, Signal et Facebook), des chargés de logistique, des équipes juridiques, des équipes de comptabilité leur permettant de blanchir des sommes astronomiques d’argent liquide, des équipes chargées de distribuer et vendre la drogue et bien évidemment des équipes de tueurs à gages appelés « sicarios » comparables aux djihadistes.
Même si les cartels sont très similaires aux organisations terroristes la différence majeure réside dans les objectifs. Les cartels poursuivent principalement des objectifs économiques en utilisant des méthodes comparables à celles des groupes terroristes. Tandis que les groupes terroristes comme Daesh ou Al-Qaida visent des objectifs idéologiques et politiques et cherchent à renverser des États ou des gouvernements. Cette différence explique pourquoi il n’y a pas de consensus à l’international pour catégoriser les cartels comme organisations terroristes et que certains gouvernements les considèrent comme tels et d’autres non.

Rancho Izaguirre : un nouveau symbole d’horreur au cœur du Mexique
En mars 2025, le Rancho Izaguirre, situé dans la municipalité de Teuchitlán, Jalisco, est devenu le centre d’un scandale national. Ce terrain rectangulaire de 5 000 m², entouré de champs de canne à sucre, semblait anodin jusqu’à ce que la Guardia Nacional (La Garde Nationale) y mène un raid en septembre 2024. L’opération s’était soldée par des échanges de tirs, l’arrestation de dix individus, le sauvetage de deux otages et la découverte d’un cadavre. À l’époque, la Fiscalía (Le procureur de l’Etat de Jalisco) avait affirmé ne rien avoir trouvé de plus. Mais en mars 2025, tout bascule : le collectif Guerreros Buscadores de Jalisco (Guerriers Chercheurs de Jalisco) dénonce que le ranch servait non seulement de centre d’entraînement pour le Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), mais aussi de site d’extermination, avec des fours crématoires pour faire disparaître les corps des victimes. De nombreux journalistes ont mené des enquêtes et ont confirmé ce que disaient les collectifs de mères chercheuses.
Les autorités mexicaines ont nié l’existence des fours crématoires, mais les familles des disparus et les collectifs de recherche ont trouvé des indices accablants : restes humains, vêtements, jouets, et des centaines de chaussures. Beaucoup de médias mexicains l’ont comparé aux camps de concentration nazis. Les témoignages d’anciens otages confirment que le CJNG aurait utilisé le site pour torturer, tuer et brûler des victimes, tout en formant des recrues forcées. Cette découverte a provoqué une vague d’indignation nationale, avec des manifestations dans tout le pays et des critiques directes de la présidente Claudia Sheinbaum, qui a qualifié l’affaire de « terrible » et dénoncé la négligence des autorités locales.
Le cas du Rancho Izaguirre illustre la mutation des cartels vers des pratiques terroristes. Plusieurs critères définissant le terrorisme sont présents : Violence extrême et intentionnelle : torture, exécutions, crémation des corps; Dimension spectaculaire : diffusion d’images sur réseaux cryptés pour intimider; Objectif d’intimidation collective : semer la peur dans la population et dissuader toute opposition et finalement l’organisation clandestine et militarisation : centre d’entraînement paramilitaire, armes lourdes.
Ces éléments rapprochent le CJNG des organisations terroristes, même si ses objectifs restent économiques. Cette affaire révèle aussi la complicité ou l’inefficacité des autorités locales, qui avaient la garde du site depuis septembre sans détecter les fosses ni les preuves. Ce déni institutionnel alimente la perception d’un État faible, incapable de protéger ses citoyens, et renforce la légitimité des collectifs de recherche comme les madres buscadoras, devenus les véritables acteurs de la justice sociale.
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