L'essor mondial des cartels mexicains

L'internationalisation des cartels mexicains est un phénomène complexe, alimenté par la demande mondiale de drogues et facilité par la corruption et la faiblesse des institutions dans certains pays.

Liaisons Chine-Mexique 

En 2024 le département de justice américain a conclut une enquête  avec la DEA pour dévoiler les méthodes utilisés par le Cartel de Sinaloa pour blanchir de l’argent pour les mafias chinoises.

Le réseau mis en lumière fonctionnait selon des méthodes complexes. Les associés du cartel collectaient d’importantes sommes en liquide aux États-Unis, puis les confiaient à des intermédiaires chinois spécialisés dans le transfert clandestin de fonds. Ces derniers utilisaient des techniques variées pour masquer l’origine criminelle des fonds : blanchiment basé sur le commerce, fractionnement des dépôts pour éviter les contrôles bancaires, achats de biens de luxe et recours aux cryptomonnaies.

Ce système répondait à une double demande : d’un côté, les cartels cherchaient à rapatrier leurs profits vers le Mexique ; de l’autre, des investisseurs chinois fortunés voulaient contourner les restrictions imposées par Pékin sur les transferts de capitaux (limités à 50 000 dollars par an). Les réseaux clandestins offraient une solution : les trafiquants fournissaient des dollars en liquide, et en échange, les intermédiaires chinois facilitaient des dépôts en yuan en Chine, permettant ainsi aux deux parties de satisfaire leurs besoins.

Cette enquête a permis de saisir plus de 5 millions de dollars en espèces ainsi que des drogues et des armes semi-automatiques. Cette affaire illustre la mondialisation des cartels mexicains .

Afrique : un nouveau terrain d’expansion

En septembre 2024, les autorités kenyanes ont démantelé un laboratoire clandestin de production de méthamphétamine à Namanga, près de la frontière avec la Tanzanie. Il s’agissait d’une structure à grande échelle, dissimulée dans des locaux préfabriqués, selon un rapport du Département d’État américain. Il s’agissait de la première opération confirmée de ce type par un cartel mexicain au Kenya, attribuée au puissant Cartel Jalisco Nouvelle Génération (CJNG). 

Ce laboratoire illustre un tournant : le Kenya n’est plus seulement un territoire de transit, mais devient terrain de production direct. Sa situation géographique en fait un point stratégique pour l’acheminement des drogues vers l’Europe, la péninsule arabique et l’Asie. Toutefois, les autorités locales soulignent que la corruption et l’ingérence politique compliquent la lutte contre ces structures clandestines. 

Cette première incursion du CJNG au Kenya marque une étape stratégique dans la mondialisation des cartels mexicains. En s’appuyant sur des alliances avec des trafiquants africains, le cartel diversifie ses méthodes logistiques et sécurise sa production hors d’Amérique. Le cas de Namanga démontre un niveau d’organisation accru et une volonté d’étendre la chaîne de valeur des drogues au-delà de simples routes de transit, intégrant la fabrication. 

Les nouvelles techniques pour l’exportation des drogues 

Les cartels mexicains ont perfectionné leurs méthodes pour contourner les contrôles des autorités et assurer la circulation de leurs cargaisons. Parmi les techniques les plus marquantes figure l’utilisation de jets privés pour importer de la cocaïne en Europe, comme l’a révélé une opération menée en Italie en février 2020, d’après un rapport d’Europol. Cette approche illustre la capacité des cartels à mobiliser des moyens logistiques haut de gamme pour éviter les routes maritimes surveillées.

Autre méthode courante est le camouflage de la drogue dans des marchandises banales. Les drogues sont dissimulées dans des cargaison de produits alimentaires comme des bananes en provenance d’Amérique Latine ou des équipements divers, rendant leur détection particulièrement complexe pour les autorités. Cette stratégie repose sur l’exploitation des flux commerciaux légaux pour masquer des cargaisons illicites.

Enfin, les cartels ne se contentent plus d’exporter des produits finis : ils implantent des laboratoires clandestins en Europe, notamment en France, en Belgique et en Pologne. Ces installations permettent de produire localement des drogues comme la méthamphétamine, réduisant les risques liés au transport transcontinental. Une opération menée en 2025 par Europol a révélé que ces laboratoires européens utilisaient des précurseurs chimiques d’origine chinoise, fournis par des réseaux mafieux chinois installés en Europe, confirmant l’existence d’une coopération transnationale entre cartels mexicains et groupes criminels asiatiques.

L’exportation du modèle mexicain en France 

La notion de « mexicanisation » s’est imposée dans le débat public comme un symbole universel pour qualifier l’exportation d’un modèle criminel inspiré des cartels mexicains. Ce terme s’est construit à la croisée de deux dynamiques : la violence extrême des cartels en Amérique latine et un cadrage médiatique et politique français particulièrement dramatique.

En France, cette thématique devient visible à partir de 2021, notamment pour décrire la situation à Marseille. La ville connaît alors une recrudescence de règlements de comptes sanglants, accompagnés d’actes de barbarie tels que démembrements, immolations par le feu ou tortures. Le quotidien Le Monde consacre même sa une à ce phénomène, reprenant les propos de policiers évoquant une « dérive à la mexicaine ». Marseille, longtemps comparée à Chicago, franchit un nouveau cap : elle est désormais rapprochée du Mexique.

Le contexte y contribue : l’année 2023 est la plus meurtrière jamais enregistrée à Marseille, avec près de 50 morts et une centaine de blessés liés aux règlements de comptes. Parallèlement, le narcotrafic s’étend à l’ensemble du territoire français, aucune zone n’étant épargnée. Autre élément marquant : le recours à des tueurs à gages, parfois très jeunes, rappelle les pratiques des cartels mexicains et colombiens, où les sicarios sont recrutés parmi les gangs juvéniles. 

Initialement réservé aux organisations criminelles latino-américaines, le terme « cartel » fait désormais son entrée dans le vocabulaire politico-médiatique français pour qualifier certaines bandes locales. Ce que l’on appelait autrefois la « mafia des cités » devient progressivement « cartel ».

Là encore, Marseille joue un rôle clé dans cette évolution car la « DZ Mafia », largement impliquée dans la vague sans précédent de règlements de comptes en 2023, est souvent décrite comme étant en voie de « cartellisation ». Selon certains observateurs, « la DZ Mafia est un cartel au sens où elle constitue une entente, une fédération d’associations criminelles, permettant à d’autres groupes d’obtenir un appui logistique, de la main-d’œuvre, un soutien ou simplement un “laisser-faire” tant qu’il n’y a pas de conflit d’intérêts ». Ce changement de perception s’accompagne d’une médiatisation accrue. En 2024, La Provence lance une série de podcasts intitulée « Cartel Nord », consacrée à la genèse et au développement des trafics de drogues dans la cité phocéenne.

L’Europe un hub stratégique pour les cartels 

Selon un rapport conjoint d’Europol et la DEA , les cartels mexicains ont étendu leurs activités bien au-delà du continent américain, en s’alliant avec des réseaux criminels basés dans l’Union européenne. Leur objectif : acheminer de grandes quantités de méthamphétamine et de cocaïne vers les ports européens, avant de les redistribuer à l’intérieur de l’UE ou vers des marchés encore plus lucratifs en Asie et en Océanie. Les saisies récentes témoignent de l’ampleur du phénomène : en 2021, 2,5 tonnes de méthamphétamine ont été interceptées en Espagne ; en 2020, 1,5 tonne a transité par la Croatie vers la Slovaquie ; et en 2019, 1,9 tonne a été saisie à Rotterdam.

Les cartels mexicains ne se limitent pas à la méthamphétamine : ils sont également impliqués dans le trafic de cocaïne. Le rapport d’Europol révèle qu’en février 2020, la police italienne a démantelé une opération du cartel de Sinaloa, qui projetait d’établir des routes de contrebande depuis la Colombie vers des aéroports du sud de l’Italie en utilisant des jets privés. Une autre opération, conclue en 2021, a révélé la collaboration entre un réseau espagnol et l’Organisation Beltrán Leyva pour acheminer 1,3 tonne de cocaïne et 2,5 tonnes de méthamphétamine, dissimulées dans des blocs de béton cellulaire.

D’après la DEA, pour ces opérations, les cartels dissimulent les drogues dans des marchandises légales comme des produits alimentaires, des matériaux de construction ou des équipements. Une fois les cargaisons arrivées dans les ports européens, des réseaux locaux prennent le relais pour assurer la distribution, en utilisant des ferries, des camions équipés de compartiments secrets et des remorques. 

Ces éléments révèlent une globalisation du crime organisé : les cartels mexicains exportent non seulement leurs produits, mais aussi leurs méthodes et leur savoir-faire, en s’alliant avec des réseaux européens pour sécuriser la logistique. L’Europe devient donc un hub stratégique, non seulement pour la consommation locale, mais aussi comme point de transit vers des marchés plus rentables. La sophistication des techniques de dissimulation et l’usage de jets privés montrent une professionnalisation extrême, rendant la détection plus complexe pour les autorités.

Pour la France, le risque est réel : avec des ports majeurs comme Marseille et des réseaux locaux en voie de « cartellisation », le territoire est particulièrement exposé à cette dynamique. 

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